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Isabelle BUNISSET La dérision dans les premiers romans de Louis-Ferdinand Céline |
Soutenance de la thèse : juin 2002, Université Michel de Montaigne, Bordeaux3.
Résumé
Cette étude a pour visée d'analyser le fonctionnement de la dérision selon une double perspective : l'écriture et l'imaginaire, qui représenteront les deux temps de notre travail qui ne s'est pas voulu exhaustif mais modeste succession d'étapes en regard du caractère illimité du sujet. Il s'est agi, non pas de donner une définition de la dérision, mais d'en dégager les phénomènes et les traductions formelles, d'en déterminer les motivations et les implications intimes, et de révéler l'extraordinaire puissance d'un tel comique qui se situe autant dans les forces vives de l'écriture que dans le déferlement d'un imaginaire débridé. Certes, notre but est d'analyser des œuvres littéraires, non un concept, et, à cet égard, la dérision n'a jamais cessé d'être pour nous la possibilité d'une voie royale menant au texte célinien, à ses richesses, ses profondeurs et ses zones d'ombre. Notre étude aura donc pour tâche de cerner au plus près la dérision célinienne, dans sa nature, sa tonalité parodique, sa finalité subversive, et, cela, à travers ses connotations linguistiques, littéraires, historiques, affectives, matérialisées par des choix d'écriture. Puis, notre étude procèdera par paliers successifs en proposant quelques pistes thématiques qui, sans jamais être exhaustives, renseigneront sur l'imaginaire propre à cette dérision. A la lecture des romans, il appert que la dérision et la mort ne sont qu'un seul élan et une seule perception confondus. C'est ainsi que, dans les premiers romans céliniens, l'univers entier est gouverné par l'obsession de la mort, qu'il s'agisse de l'existence fébrile des hommes ou de la dégradation inéluctable du monde matériel. L'omniprésence des pathologies et des infirmités humaines s'inscrit aussi dans cette obsession de la décomposition et de la mort. La dérision célinienne ne cesse de ressasser à même le texte cette fatalité atroce et grotesque qui unit les êtres et les choses, dans un ricanement de fin des temps. On s'est aussi donné pour tâche de révéler cette complicité avec l'univers matériel qui est le défi de l'artiste, la rançon de sa gloire, son éternité. Nous aurons pour ambition de prouver que la singularité de la dérision célinienne réside dans l'intensité d'une écriture qui offre un puissant démenti au pessimisme ambiant, et qui ne cesse de combattre la mort dans les mots, dans ce mélange détonant de fougue et de tristesse, de désespoir tonique et de plaintes sarcastiques. Dans un dernier temps, nous tenterons d'appréhender la dérision, cette fois-ci du côté des circonstances d'une vie et d'une pratique artistique.

Université Michel de Montaigne Bordeaux 3